Nouvelle-Calédonie : comprendre le référendum et ses enjeux en 6 questions/réponses

De quoi parle-t-on ?

Le dimanche 4 Novembre 2018, 174 154 électeurs de Nouvelle-Calédonie devront répondre à la question qui leur a été posée par référendum : « Voulez-vous que la Nouvelle-Calédonie accède à la pleine souveraineté et devienne indépendante ? »

Pourquoi est-ce qu’on en parle ?

Paradoxalement, c’est tout simplement parce que les relations entre l’État français et la Nouvelle-Calédonie ont toujours été compliquées.

Située à 18 000 km environ de la métropole, cette dernière est considérée comme française depuis 1853. L’archipel a un passé colonial assez violent, notamment dû à l’insurrection de militants kanaks dans les années 1980 ; les tensions avec la France connurent leur apogée en 1988 avec la prise d’otages dite « de la grotte d’Ouvéa », ayant fait 25 morts (6 militaires, 19 insurgés, le nombre variant selon les sources consultées). Les relations avaient par la suite été partiellement apaisées par les Accords de Matignon (en juin 1988), qui permettaient notamment une redistribution des territoires aux deux ethnies (les Kanak et les Caldoches), et prévoyaient l’organisation d’un scrutin pour décider du statut de l’archipel, au maximum 20 ans après.

Comment la situation est-elle perçue là-bas ?

Le référendum intervient dans un contexte de tensions assez récurrentes au sein de la société calédonienne. On peut notamment observer des divergences sur le plan politique : les partis loyalistes Calédonie ensemble (droite modérée), les Républicains calédoniens et le Rassemblement LR appellent à voter « non »; tandis que l’opposition est constituée de deux mouvements politiques : l’Union calédonienne et l’Union nationale pour l’indépendance, qui appellent à voter « oui ».

Selon Claudine Wéry, correspondante au journal Le Monde, « ce qui se passe en Nouvelle-Calédonie est un processus inédit de décolonisation ». Elle explique que l’archipel a déjà commencé à acquérir son indépendance, notamment par le biais des accords de Nouméa*, qui ont amené à un transfert de compétences (« enseignement secondaire, commerce extérieur, sécurité civile, droit civil… ») mais aussi grâce à des aides financières. D’après Mme Wéry, la Nouvelle-Calédonie est aujourd’hui « compétente dans tous les domaines, à l’exception du régalien ».

Les indépendantistes mettent quant à eux en avant le fait que l’archipel est autonome, notamment sur le plan financier. Cependant, il ne faut pas oublier que l’État français « injecte » chaque année plus d’1,3 milliards d’euros à la Nouvelle-Calédonie, et que l’industrie du nickel, autrefois très rentable dans ce territoire d’outre-mer, est aujourd’hui en difficulté.

On nous parle beaucoup de la communauté kanak, dans les autres médias. Comment réagit-elle, à l’annonce du scrutin ?

Pour rappel, le terme « kanak » désigne les premiers habitants de ce pays, par opposition au terme « caldoche » qui désigne les descendants des colons blancs. 

Là encore, l’opinion est divisée. Les kanaks appellent pour certains à boycotter le vote, comme Macky Wea, de la tribu de Gossanah. Interrogé par France Info, cer dernier considère que le référendum est « bidon et illégitime », ne permettant pas de faire entendre la voix des kanaks, minoritaires au scrutin.
Cependant, il est pour d’autres kanaks impératif de voter « oui », afin de donner son indépendance au peuple kanak.

Que se passera-t-il selon les résultats du scrutin ?

  • Si le « oui » l’emporte, la Nouvelle-Calédonie deviendra un « État Souverain » ; elle possédera sa propre monnaie, justice, forces de sécurité, etc… par transfert de compétences régaliennes*.
    Edouard Philippe, le Premier ministre du gouvernement d’Emmanuel Macron, se rendra sur place le lendemain du référendum, tandis que les dirigeants des forces politiques calédoniennes se rassembleront. Toutefois, Matignon indique que « la nouvelle organisation des pouvoirs publics » ne serait cependant pas « effective au lendemain du référendum ».
  • Si le « non » l’emporte : la Nouvelle-Calédonie restera un territoire français ; ses habitants conserveront leur nationalité française et européenne. Les compétences régaliennes* seront de fait toujours détenues par l’État français.

Que se passera-t-il en cas de contestations trop importantes, à l’issue du vote ?

Un nouveau référendum pourra être organisé si un tiers des membres du Congrès de Nouvelle-Calédonie le demandent (dans les 18 mois suivant la requête). Ce dernier sera renouvelé en mai 2019 à l’issue des votes des élections provinciales, ce qui laisse la possibilité d’organiser un deuxième référendum.

 


Glossaire :

  • Compétences régaliennes : aussi connues comme « fonctions régaliennes » (dérivé du latin jura regalia) ce sont les marques de souveraineté dont dispose la royauté ou un État. Elles ont été définies au XVIIème siècle par les penseurs de l’Absolutisme, et comprennent notamment la sécurité intérieure et extérieure, ainsi que la monnaie. À noter que le terme n’existe que dans la langue française.
  • Accords de Nouméasignés le 5 mai 1998 dans la ville éponyme sous l’égide du Premier Ministre Lionel Jospin, accords prévoyant un processus de collaboration entre l’État français et la Nouvelle-Calédonie afin de transférer certaines fonctions institutionnelles à cette dernière.

 


Sources : 
https://www.lemonde.fr/politique/live/2018/11/02/en-direct-la-nouvelle-caledonie-va-t-elle-voter-pour-l-independance-posez-vos-questions_5377897_823448.html
– http://www.europe1.fr/societe/nouvelle-caledonie-a-ouvea-le-referendum-crispe-une-population-deja-meurtrie-3792026
– https://www.20minutes.fr/politique/2364103-20181102-nouvelle-caledonie-six-questions-comprendre-enjeux-referendum-independance
https://www.wikiberal.org/wiki/Fonctions_r%C3%A9galiennes

 

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