Le « deepfake », ou la prochaine évolution des « Fake News »

« Le Président Trump est une merde totale et complète« . Oui, vous avez bien entendu Barack Obama dire cela vingt-six secondes après le début de la vidéo. Toutefois, gardez votre calme, l’ancien Président des États-Unis d’Amérique n’a jamais prononcé ces mots.


Vous avez encore quelques doutes ? Prenez le temps de visionner l’intégralité de la vidéo. Car c’est en fait le fruit du travail du cinéaste américain Jordan Peele (à qui l’on doit le génial Get Out, entre autres), qui nous livre ici un magnifique deepfake. Une performance dont le but est de sensibiliser les internautes sur la dangerosité des fake news, qui deviennent de plus en plus complexes.

Un deepfake, c’est une vidéo utilisant le procédé du deeplearning (vulgarisé en français par « apprentissage profond » , c’est une méthode permettant à un programme informatique d' »apprendre » à l’aide d’une base de données), en superposant un visage sur une vidéo pré-existante.

Une origine incertaine

On ne connaît malheureusement pas vraiment l’origine des deepfakes. Le phénomène n’a réellement commencé à faire parler de lui qu’en 2018, sur le réseau social Reddit. Selon Le Figaro, c’est dans un thread (sujet de discussion, ndlr) portant sur l’utilisation de l’intelligence artificielle dans les films pornographiques qu’a été repéré pour la première fois ce terme. La discussion, qui regroupait début 2019 environ 90.000 utilisateurs, a depuis été fermée par les modérateurs du réseau social au motif qu’elle faisait la promotion de la « pornographie forcée ». On sait toutefois que les utilisateurs partageaient entre eux une application gratuite, baptisée FakeApp et permettant à n’importe qui, même sans connaissances en programmation ou en informatique, de s’essayer au deepfake.

Le site BuzzFeed avait, quant à lui, contribué à faire connaître ce phénomène -et bénéficié d’une belle publicité- après avoir partagé en avril 2018 la réalisation de Jordan Peele.

Technologie et mensonge utilisés pour rire… ou pour convaincre

Dans un reportage, diffusé le 14 février 2019 sur France 2, le magazine Complément d’Enquête a offert une séquence démontrant clairement le potentiel des deepfake. Alors qu’il étaient à Washington, devant la Maison Blanche, les journalistes en ont profité pour réaliser un micro-trottoir, en montrant à des citoyens américains la réalisation de Jordan Peele. Sur six personnes interrogées, seules deux ont été en mesure de dire que c’était un faux, monté de toutes pièces. Le dernier interviewé expliquait avoir déjà vu des vidéos similaires sur Internet, avant de souligner « [C’est vraiment] très convaincant. […] Si vous n’êtes pas entraînés à les repérer, ça peut devenir un gros problème.« .

Dans certains cas, le deepfake est utilisé pour parodier ou moquer certaines célébrités. On peut prendre, à titre d’exemple, le deepfake mêlant les visages de la chanteuse Ariana Grande et de son ex-compagnon Pete Davidson lors de la cérémonie des Grammy Awards, réalisé par la chaîne Youtube TheFakening.

Un deepfake assez convaincant d’Ariana Grande et Pete Davidson.

Toutefois, ce ne sont pas les parodies que craignent les experts en sécurité informatique. Aujourd’hui, comme l’a démontré Jordan Peele, il est possible d’utiliser l’intelligence artificielle afin de faire dire n’importe quoi à n’importe qui. Le reportage de l’émission Complément d’Enquête, évoqué plus haut, montrait quant à lui un deepfake dans lequel le présentateur Jacques Cardoze prêtait sa voix au Président Emmanuel Macron. Le résultat, assez convaincant, reproduisait de manière frappante les expressions faciales du journaliste, pour les retranscrire sur le visage du Chef d’État. Il est donc naturel de craindre une utilisation malveillante de tels outils.

Dans une interview publiée par le site France Info, Paul Scharre, expert au Center for a New American Security explique :


« Au cours des deux prochaines années, nous verrons des vidéos truquées jouer un rôle dans les campagnes politiques aux États-Unis ou en Europe […] »

Paul Scharre, expert au Center for a New American Security

Et à l’image des nombreuses fake news ayant circulé pendant la dernière campagne présidentielle américaine, on ne peut que lui donner raison. Alors que les soupçons d’ingérence russe sont constamment évoqués par les médias et les hommes politiques américains, l’apparition des deepfake n’est pas sans jeter un froid… Et susciter les craintes.

En effet, dans un climat socio-politique tendu, où le rôle et la crédibilité des médias sont de plus en plus contestés, ces fausses informations pourraient piéger plus d’un internaute, entraînant de par leur partage des « effets boule-de-neige » dévastateurs.

Quelles mesures pour luter contre ce phénomène ?

On peut déjà dire que cette menace est prise au sérieux à l’échelle gouvernementale. Ainsi, le Département de la Défense américain (DARPA) a déjà débloqué 68 millions de dollars pour financer des projets luttant contre les « deepfake ». Sur le plan médiatique, l’Agence France Presse (AFP) est quant à elle partenaire du projet européen Invid (In video veritas), créé en 2016. Il permet, en installant un plug-in à un navigateur internet, de repérer une vidéo truquée partagée sur les réseaux sociaux… et d’éviter aux journalistes de partager une fausse information.

La réponse des entreprises spécialisées en haute technologies et en sécurité informatique ne s’est elle aussi pas fait attendre. Aujourd’hui, des sociétés comme Amber Authentificate, citée par le journal Science et Avenir proposent par exemple d’authentifier des vidéos en utilisant le procédé du blockchain. Une vidéo pourrait ainsi se voir attribuer, dès sa mise en ligne, « un « hash« , c’est-à-dire une suite alphanumérique qui résume un contenu et ne correspond qu’à celui-là et pas à un autre » explique le journaliste Arnaud Devillard. Stocké dans le blockchain Ethereum (généralement utilisé pour la traçabilité d’éléments ou encore le droit d’auteur), ce « hash » permettrait d’authentifier ou non la vidéo par comparaison.

Si vous voulez aller plus loin, la rédaction vous invite à consulter cet article, publié par Actu IA.

Publié par Quentin-Mathéo PIHOUR

Étudiant en journalisme à l'IUT de Lannion, fondateur d'All In. et rédacteur pour le média urbain 1863

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