POLITOLOGUE #2 : RIEN NE VA PLUS POUR ASSANGE

Par Quentin-Mathéo Pihour

Qui est Julian Assange ?

Né le 3 juillet 1971 à Townsville en Australie, Julian Assange est un informaticien et cyber-militant. Si ce nom vous est inconnu, sachez qu’il fait grand bruit dans l’actualité ces dernières années pour une raison précise : Assange est le rédacteur en chef ainsi que le porte-parole de l’organisation non gouvernementale WikiLeaks, créée en 2006. Il est aussi soupçonné d’en être le créateur, une rumeur qu’il a défendue à maintes reprises ces dernières années.

Quel est le rôle de WikiLeaks ?

L’objectif de WikiLeaks est de publier des documents, des rapports et des analyses socio-politiques, tous confidentiels. Ainsi, il permet au plus grand nombre d’être tenu informé de faits dont certains ne sont pas communiqués par les canaux de communications habituels. Depuis sa création, ce sont des milliers de documents qui ont transité par le site; parmi ces derniers figurent des rapports sur les méthodes de l’armée des États-Unis durant la guerre d’Irak, des preuves associées à des affaires de corruption… Depuis sa création, WikiLeaks a régulièrement fait parler d’elle en révélant au grand public des scandales politiques, militaires et financiers.

Pourquoi parle-t-on beaucoup d’Assange en ce moment ?

Jeudi 11 avril 2019, Julian Assange a été arrêté par les forces de police britanniques à l’ambassade d’Équateur à Londres, dans laquelle il résidait depuis 7 ans. Cette arrestation a été permise grâce à la fin de l’asile politique accordé par le gouvernement équatorien. Le président d’Équateur, Moreno Lenin, a d’ailleurs déclaré :


« J’ai demandé à la Grande-Bretagne la garantie que M. Assange ne serait pas extradé vers un pays où il pourrait être torturé ou condamné à mort. Le gouvernement britannique me l’a confirmé par écrit »

Moreno Lenin, Président d’Équateur

Pourquoi une telle arrestation ?

Celui que l’on présente souvent comme le porte-parole de WikiLeaks est la cible de poursuites judiciaires par les États-Unis depuis 2010, après que l’organisation ait publié des documents militaires « classés confidentiels et relevant de la sécurité nationale » du pays. Ces documents avaient été fournis par Chelsea Manning, ex-analyste militaire de l’armée américaine, et comportaient notamment des preuves de bavures militaires commises par cette dernière lors de la guerre d’Irak. Les autorités américaines accusent Assange d’avoir proposé à Manning son aide pour décrypter un mot de passe administrateur protégeant une des bases de données de l’armée américaine. De fait, il est donc inculpé pour avoir offert son aide, et n’encourt « qu’une peine » de 5 ans. Toutefois, certains spécialistes du droit estiment que l’Australien pourrait encourir de plus lourdes peines tant le dossier est complexe, à l’image d’Orin Kerr. Selon lui, l’inculpation d’Assange est assez « […] rapide et suffisante pour mettre en route la procédure, mais n’est sans doute qu’une infime partie du dossier contre Assange« .

Cependant, Assange est aussi visé par un mandat d’arrêt international émis par la Suède pour des faits présumés de « viol mineur » commis sur deux femmes en novembre 2010. Émis par le parquet suédois, il vise à obtenir son arrestation en vue de son interrogatoire dans cette affaire, alors même que les poursuites avaient été abandonnées. Le fondateur de WikiLeaks est donc arrêté par les autorités britanniques en décembre 2010, et incarcéré. Après paiement d’une caution estimée à 282.000 €, il est libéré le 16 décembre 2010, en devant toutefois porter un bracelet électronique.

Enfin, Julian Assange est aussi la cible d’un mandat d’arrêt britannique, pour non respect des clauses de sa liberté sous caution en 2012, après qu’il ait trouvé refuge dans l’ambassade d’Équateur, craignant une possible extradition par les États-Unis.

Quelles questions cette arrestation soulève-t-elle ?

Si l’on omet son côté spectaculaire, cette arrestation soulève un nombre important de questions, notamment sur la liberté d’expression, un sujet très complexe aux États-Unis. Ainsi, il semblerait selon certains observateurs que la justice américaine soit « embarrassée » de devoir inculper Julian Assange pour des faits de haute trahison, au vu de sa collaboration avec d’importants journaux et organes de presse américains. En effet, son arrestation pour ce motif désignerait de grands journaux comme le Washington Post ou le New York Times aux États-Unis ou Médiapart, Der Spiegel et Libération en Europe comme des « complices d’actes de trahison » et non comme des vecteurs objectifs de l’information…

Selon Amnesty International, le gouvernement britannique devrait refuser aux États-Unis l’extradition d’Assange, au motif qu’il pourrait y être torturé ou exécuté ; en effet, le Ministère de la Justice Américaine a, à plusieurs reprises, confirmé se réserver le droit d’engager d’autres poursuites contre le porte-parole de WikiLeaks, qui risquerait donc de plus lourdes peines selon la gravité des actes dont il est accusé.

Toutefois , il est assez difficile de se prononcer en faveur ou contre Julian Assange : si ces intentions sont nobles et son oeuvre édifiante, il n’en est pas moins suspecté d’actes dont la gravité ainsi que les conséquences sont importantes, à l’image de l’ingérence de WikiLeaks durant les élections présidentielles américaines de 2016. Alors que de nombreux documents publiés par l’organisation impliquaient Hillary Clinton et son parti politique, aucun n’évoquait le candidat républicain Donald Trump


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