Aujourd’hui dans votre KultBox : rien ne va plus au Mouv’

L’affaire Charlotte d’Ornellas, vous connaissez ? Mais si, vous en avez forcément entendu parler; depuis une semaine, elle fait réagir la Twittosphère comme jamais et a même provoqué la suspension d’un chroniqueur de la radio Mouv’. Vous ne voyez toujours pas ? Ce n’est pas grave, on vous explique tout ça en cinq minutes !

Charlotte qui ?

Charlotte d’Ornellas est une journaliste et chroniqueuse française de 33 ans, travaillant notamment pour la chaîne d’information en continu CNews et le magasine Valeurs Actuelles. Connue pour être classée à l’extrême-droite, elle rejette cependant une quelconque position sur l’échiquier politique. Elle a fait parler d’elle en septembre 2018 après avoir prêté à Manuel Valls des propos énoncés par Nicolas Canteloup, qui le parodiait lors d’une matinale sur Europe 1.

Que s’est-il passé, alors ?

Lors de l’émission After Rap du 26 mai, diffusée sur la radio Mouv’, le chroniqueur Yérim Sar réagit à la polémique Nick Conrad (artiste de la scène rap française dont le titre Pendez les Blancs, a soulevé un vif débat, dans la classe politique notamment) en lisant un SMS reçu du rappeur Alkpote. Dans ce message, ce dernier affirme que le nom de Charlotte d’Ornellas « […] rime parfaitement avec salope, grosse pétasse […] c’est vrai que c’est un moyen mnémotechnique qui peut marcher pas mal […] ».

Les autres chroniqueurs s’amusent de cette rime, et l’émission continue. Cela aurait pu s’arrêter là, mais non ! Deux jours plus tard, le 28 mai, la séquence vidéo est relayée sur la Twittosphère par Damien Rieu, journaliste rédacteur pour le site d’extrême droite Fdesouche. Dans son tweet, Damien interpelle Marlène Schiappa, Secrétaire à l’Égalité entre les femmes et les hommes, lui demandant s’il est normal « […] que Charlotte d’Ornellas se fasse insulter de « salope Grosse petasse » sur une radio du service public ? […] »

Au delà de son manque manifeste d’orthographe, même pour ce qui est du côté familier de la langue française, Damien Rieu obtient le soutien de Marlène Schiappa (après quelques 1.839 retweets et 2.310 likes) le 3 juin, lorsqu’elle publie le tweet suivant :

Et ensuite ?

Le 4 juin, Mouv’ se fend d’un tweet en réponse à la Secrétaire d’État à l’Égalité entre les femmes et les hommes, annonçant que Yérim Sar est suspendu des programmes de la station de radio depuis une semaine. La station ajoute que « Quelles que soient les provocations, la réponse par l’injure n’est pas admissible. La citation utilisée n’était pas appropriée et n’avait pas sa place sur l’antenne de Mouv’. […] Nous adressons nos excuses à Charlotte d’Ornellas« .

Voilà. Sauf que là encore, ça ne passe pas. Notamment du fait que cette décision intervient seulement après la charge de Marlène Schiappa, suivie au tournant par l’extrême-droite (au cas où vous ne vous y attendiez pas); c’est-à-dire une semaine plus tard. Ainsi, de nombreux auditeurs pensent que la direction de Mouv’ n’a fait que céder aux exigences de personnalités influentes, prouvant ainsi un certain manque de liberté.

De nombreux auditeurs, mais pas que : interviewé par L’Express, le journaliste Geno Maestro, travaillant aussi à Mouv’, s’étonne et explique que si son confrère « […] avait été suspendu immédiatement après l’émission et que l’info nous avait été communiquée à ce moment-là j’aurais pu comprendre […] J’ai appris la suspension ce matin, et ce qui me gêne c’est qu’elle semble intervenir en réponse à 10 jours de pression de l’extrême droite« .

De fait, le Directeur des programmes de la radio, Bruno Laforestrie, est monté ce matin au créneau pour défendre son point de vue sur la polémique. Ce qui n’a pas empêché les auditeurs de continuer à se moquer de cette décision.


Que faut-il en penser, alors ?

La polémique soulève 3 aspects intéressants :

  • l’ingérence de la classe politique dans le divertissement
    Et l’on sait tous qu’elle est visible, les nombreuses polémiques dues à des morceaux de rap le prouvent, depuis Sale Pute d’Orelsan à Pendez les Blancs de Nick Conrad. Les personnalités politiques de France ne peuvent s’empêcher de réagir à des paroles contraires à leurs idéaux, ou qu’ils ne comprennent pas.
  • la délation banalisée
    Parce que oui, lorsque Damien Rieu poste son tweet en identifiant Marlène Schiappa, c’est de la délation. Pour vous situer le niveau, on se trouve légèrement en dessous des utilisateurs identifiant la Police Nationale sous les tweets montrant une certaine nudité, des dealers, etc… Derrière un écran, c’est assez confortable et facile de dénoncer quelqu’un, mais certains en oublient que ce n’est pas leur rôle. Ici, la principale intéressée, Charlotte d’Ornellas, n’avait même pas réagi à la séquence de l’After Rap (par choix ou parce qu’elle n’était pas au courant, peu importe); la polémique a été lancée par un rédacteur appartenant à l’extrême-droite, et la séquence sortie de son contexte.
  • l’incompréhension et le manque d’ouverture d’esprit
    Qui sont directement liées au point précédent… Dans son tweet, Damien Rieu détourne directement la séquence (bizarrement, il choisit d’ailleurs de n’en diffuser que quelques secondes) en énonçant directement que Yérim Sar insulte la journaliste. Sauf que voilà, Damien a oublié une (petite) dimension essentielle au rap, que tout le monde connaît : l’art d’écrire. Sinon, il aurait su que l’on parlait ici d’une rime (ce qui est bien énoncé dans la séquence), donc d’une technique d’écriture; et qu’en aucun cas ce n’était une attaque délibérée de Yérim Sar, qui n’avait d’ailleurs pas de contentieux avec Charlotte d’Ornellas.

La morale de l’histoire ?

On retiendra surtout qu’aujourd’hui, certaines voix s’élèvent à juste titre dans la société pour protester contre la situation inégale entre les femmes et les hommes, ainsi que les violences dont elles sont victimes.

Malheureusement, ces revendication s’accompagnent de messages postés dans la relative intimité d’un écran de smartphone par des personnes dont le but n’est non pas de protester contre ces mêmes violences, mais bien d’attaquer certains services publics en tirant profit d’une situation n’ayant rien à voir avec cela. Comment s’étonner, alors, du tweet de Damien Rieu ?

Le fait est que, sous couvert de morale et de bonnes intentions, les faits servent ici les intérêts personnels de certains protagonistes. Ainsi, ce n’est ni la première, ni la dernière fois que Mouv’ fait l’objet de critiques par l’extrême-droite. Ainsi, certains sont prêts à remettre en question un genre musical, sous prétexte qu’il ne leur correspond pas.

Vivement le moment alors, où ces personnes se rendront compte qu’elles ont « oublié » de remettre en question de nombreux morceaux de rap bien plus « trash« .
Vivement aussi le moment où un érudit leur dira que les textes de Rimbaud contenaient eux aussi des « punchlines du XIXème », et qu’ils auront alors à remettre en question un pan plus large de notre culture.

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