Felicita, ou le conte moderne

Felicita est le nouveau film de Bruno Merle, réalisateur de Héros avec Mickaël Youn il y a 13 ans. Son premier ayant fait ce qu’on appelle communément un flop en termes d’entrées, il n’avait pas eu l’occasion jusqu’à aujourd’hui de reprendre la caméra. Mais avec ce nouveau film, est-ce que les portes du succès, public et critique, vont enfin s’ouvrir pour lui ?

L’histoire

Felicita raconte l’histoire de Tommy (Rita Merle), fille de Tim (Pio Marmaï) et Chloé (Camille Rutherford), la veille de la rentrée. Sauf que cette famille a une vie assez alternative. Elle ne vit pas selon les codes habituels de la société. Tout se passe pour le mieux… jusqu’à ce que certains démons du passé resurgissent dans le présent.

La réalisation

Le réalisateur Bruno Merle.

Pour Bruno Merle, c’est la deuxième fois qu’il faut prendre la caméra, et essayer de faire mieux que la première fois (bien que son premier film ait reçu un accueil critique plutôt chaleureux). Et quelle réussite ! On a ici une réalisation qui se concentre beaucoup sur les personnages, et qui essaie de nous faire ressentir les émotions de ceux-ci. Certains plans peuvent nous rappeler par instants Terrence Malick (notamment 2 ou 3 plans sur une plage), tandis que d’autres renvoient à Quentin Tarantino, avec une scène dans un diner qui peut évoquer les scènes de Pulp Fiction ou de Reservoir Dogs, avec les dialogues qui suivent.

Tommy (Rita Merle) et Tim (Pio Marmaï)

En effet, c’est également Bruno Merle qui scénarise le film, ce qui donne à Felicita le statut de film d’auteur. Et on sent cette maîtrise, cette connexion entre le texte et l’image. La scène du diner, pour poursuivre le parallèle avec Tarantino, possède un personnage qui conte une histoire, comme les personnages du réalisateur peuvent avoir l’habitude de le faire. Mais la réalisation de Felicita ne s’arrête pas à ça. Ce serait beaucoup trop simple de citer deux grands auteurs du cinéma moderne pour s’effacer derrière eux. Non, ici la réalisation et le scénario concordent pour nous offrir un film à deux facettes. La première étant une espèce de film de vacances et de mode de vie alternative, dans la veine d’un Captain Fantastic, de Matt Ross. Dans cette partie, la réalisation est très aérée, laisse beaucoup d’espace à l’extérieur, au paysage, aux décors, et c’est également dans cette partie que la photographie est la plus éclatante. Cette photographie très solaire, très belle. On est dans un mélange entre le soleil, la mer, la verdure, les oiseaux qui chantent, la campagne, etc. Cette réalisation et photographie qui referont d’ailleurs irruption vers la fin du film, comme pour contrecarrer les ténèbres de la seconde partie.

En effet, cette seconde partie est beaucoup moins solaire. D’une part, parce qu’on est beaucoup plus dans la nuit. Et d’autre part (ou devrait-on dire « surtout »), parce que les problèmes de Tim (le père) vont revenir à la charge avec une puissance destructrice pour toute la famille. Autre point plus que nécessaire d’aborder si l’on parle de la réalisation de ce long-métrage, c’est que la majorité de l’histoire est racontée depuis les yeux de Tommy, interprétée par Rita Merle (fille du réalisateur). Cette vision enfantine exacerbe donc le contraste entre la lumière qui vient quand elle est joyeuse et l’angoisse et la peur qui vient quand elle se retrouve seule au milieu de la nuit. C’est d’ailleurs là qu’une certaine technique d’écriture entre en jeu…

Le scénario

Comme dit précédemment, c’est Bruno Merle qui a écrit le scénario. Et c’est maintenant qu’intervient un aspect qu’on a volontairement laissé de côté dans la réalisation : le caractère imaginaire et fantasmagorique qu’à le film. Dès le début, Tim décide de raconter une histoire à sa fille pour la piéger, ensuite il fait la même chose avec sa femme. Toutefois, il garde à chaque fois le côté sérieux, ce qui fait que nous ne savons jamais, comme les personnages, si ce qu’il dit est vrai ou faux, on est toujours dans le doute. Mais quand Tim et Chloé sont partis et que Tommy se retrouve seule, comment savoir si ces histoires que lui raconte son père sont vraies ou fausses ?

Une scène extraite de Felicita.

De même, maintenant qu’ils sont partis, c’est elle qui se fait des histoires dans sa tête. Mais Bruno Merle a encore une fois l’intelligence de filmer les histoires qu’elle se raconte, pour que nous puissions vivre avec elle ses angoisses. Et pour beaucoup d’entre nous, cela nous rappellera les histoires que l’on se racontait petit. L’imagination débordante lorsqu’on ne sait pas où Papa et Maman sont partis, ce qu’ils font, en s’imaginant toujours le pire et le meilleur scénario. De ces angoisses rejaillit une morale importante, finalement assez basique, mais qu’il ne fait jamais de mal à rappeler, et qui également la morale d’un autre superbe film, Mr Nobody de Jaco Van Dormel. Celle-ci étant : « Tu as toujours le choix. Mais sache que chaque choix que tu prends aura une influence sur la suite de ta vie et des futurs événements. Mais le pire choix reste celui de n’en faire aucun ».

Les acteurs

Rita Merle (AlloCiné)

Attardons-nous maintenant sur les comédiens qui peuplent cet univers à la fois si proche et si lointain de nous. En premier lieu, il faut féliciter la jeune Rita Merle. Pour son premier grand rôle, elle assure et tient parfaitement la comparaison avec des acteurs confirmés comme Pio Marmaï ou Camille Rutherford. Et le fait qu’elle soit engagée aurait pu poser problème. En effet, prendre quelqu’un de sa famille pour jouer un personnage plus qu’important, cela peut être vu comme du népotisme, surtout si la performance ne suit pas, que la personne ne sait pas jouer ou que l’alchimie sur le plateau n’est pas bonne. Bon, nous n’avons malheureusement pas la réponse à cette dernière hypothèse mais pour les deux autres, Rita Merle a clairement une palette d’émotions impressionnante pour son jeune âge. On navigue entre la tendresse, la rêverie et la joie dans certaines scènes, pour virer à l’angoisse et la peur dans d’autres, c’est très fort.

Pio Marmaï (Zedig)

Il en va de même pour Pio Marmaï, qui sans surprise est très bon en père de famille, et qui est tout simplement très bon en tant qu’acteur, puisqu’il n’en est pas à sa première bonne prestation.Pour terminer sur le casting, Camille Rutherford, moins connue (ce qui est un choix du réalisateur, qui souhaitait que le public puisse plus facilement s’identifier à l’actrice) a une vraie connivence avec Pio Marmaï et Rita Merle, ce qui en fait un trio plus que rafraîchissant dans un cinéma français où on peut avoir la désagréable impression de voir toujours les mêmes visages. 

Camille Rutherford (Ecce Films)

Ah oui, et nous avons oublié un comédien secondaire mais qui délivre la morale du film, précédemment énoncée, et une autre morale, qui est « méfiez-vous de la normalité, n’ayez pas peur d’être différent, d’être bizarre, car le plus bizarre, c’est de vouloir à tout prix être normal ». On ne spoilera pas qui est ce comédien, pour que vous puissiez garder la surprise…

Conclusion : 17/20

Pour conclure, Felicita, comme Été 85 (dont la critique est parue plus tôt), montre que le cinéma peut vivre, et vit même très bien sans le cinéma américain. Felicita est une ode à la bizarrerie, à l’étrange, à l’anormal, à celles et ceux qui ne rentrent pas dans des cases. Et puis c’est quand même très beau. Foncez donc le voir s’il est encore en salles près de chez vous, et n’hésitez surtout pas à emmener toute votre famille : c’est un film qui peut plaire aux plus petits comme aux plus grands, avec un beau message. 

Evan Livenais

Un avis sur « Felicita, ou le conte moderne »

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :