POLITOLOGUE : THE MOLE, INFILTRATION EN CORÉE DU NORD

Le 12 octobre dernier, la Suède et le Danemark se sont saisis auprès des Nations Unies des révélations présentées dans le documentaire The Mole. Si ce titre vous est inconnu, pas de panique : The Mole n’a reçu qu’une faible couverture dans les médias francophones. Une attention étonnamment faible pour un documentaire aux révélations choc sur la Corée du Nord. On y apprend notamment le contournement par Pyongyang des sanctions internationales. Mais les révélations de The Mole ne s’arrêtent pas là : les deux épisodes révèlent l’existence de trafic d’armes et de drogue en association avec les autorités nord-coréennes.

PARTIE 1 : ASCENSION, INCRÉDULITÉ ET SCEPTICISME

Un documentaire incroyable …

The Mole, en français « La Taupe » est un documentaire réalisé par Mads Brügger et diffusé le 10 octobre 2020 par la BBC et certaines chaînes scandinaves. Il relate l’infiltration sur plus d’une dizaine d’années d’associations et de partenariats économiques en lien avec les autorités nord-coréennes. Dans le rôle principal, Ulrich Larsen, un ancien chef danois présenté comme « La Taupe ». Il apparaît déterminé à prouver que les autorités nord-coréenne contournent bel et bien les sanctions de la communauté internationale. Sans forcer la narration, le documentaire entraîne le spectateur dans une histoire improbable, au point que le magazine danois Ekko qualifie The Mole ainsi :

« Un film à la James Bond, mais sans les courses-poursuites en voiture et les belles blondes »

Bo Tao Michaëlis, rédacteur au magazine spécialisé Ekko

Le journaliste n’a pas totalement tort : l’histoire a de quoi surprendre, et tient plus du film d’espionnage que du documentaire. On imagine mal Pyongyang se faire prendre à un jeu de caméras cachées : imaginez alors la surprise générale en apprenant l’implication des autorités nord-coréennes dans un trafic d’armes et de drogue !

… qui surfe sur l’exotisme d’un régime totalitaire

Si le documentaire est aussi impressionnant, c’est avant tout pour son histoire rocambolesque. Un ressenti qui puise également ses sources dans l’opacité du régime totalitaire nord-coréen. Le peu d’informations provenant de ce pays est généralement contrôlé par les autorités, et attise la curiosité du monde occidental. Un phénomène qui explique partiellement pourquoi les rumeurs sur la Corée du Nord, même les plus folles, peuvent être considérées comme crédibles par l’opinion publique, voire même par certains médias.

Barthélémy Courmont l’explique parfaitement dans un article, publié dans la Revue Internationale et Stratégique en 2018 :

« La Corée du Nord est à la mode. Son actualité est aussi dense que spectaculaire depuis janvier 2018 et l’amorce d’une détente. […] Les promesses d’une pacification, même si elles restent fragiles, contrastent avec le statu quo anxiogène observé depuis une décennie.

Dans ce décor, les travaux sur la Corée du Nord, colloques, interventions médiatiques, reportages et publications s’accumulent tout naturellement. Signe des temps, la focalisation sur le régime et une diabolisation légitime mais peu propice à l’objectivité laissent désormais la place à un effort de décryptage de ce pays énigmatique et à une compréhension – à ne pas confondre avec une justification – de ses pratiques. »

Barthélémy Courmont, Au coeur de la Corée du Nord

Le documentaire en lui-même soulève de nombreux doutes, sachant que Mads Brügger n’en est pas à sa première mauvaise blague. Toutefois, certains passages laissent peu de place au doute : la rencontre entre la Taupe et l’ambassadeur de la Corée du Nord à Stockholm en fait partie. À l’heure actuelle, peu d’experts ont communiqué au sujet de The Mole. La BBC a toutefois pu interroger Hugh Griffiths, qui a été le coordinateur du Groupe d’experts des Nations Unies sur la Corée du Nord entre 2014 et 2019. Fait étonnant, il a qualifié les révélations du film de « très crédibles« . La qualité du documentaire, majoritairement tourné avec des images d’archives ou des caméras cachée, n’a quant à elle pas l’air de déranger l’expert. « Ce n’est pas parce qu’il [le documentaire, ndlr] semble amateur que l’intention de vendre et d’obtenir des recettes en devises étrangères n’est pas là. Des éléments du film correspondent vraiment à ce que nous savons déjà« .

Casting d’inconnus hors-normes

Le casting du documentaire laisse également le spectateur bouche bée. The Mole met en effet en scène trois personnages principaux aux profils diamétralement opposés. Personne n’aurait pu les soupçonner de prendre part à une enquête sous couverture ou bien à un trafic international d’armes et de drogue.

Ascension parmi les admirateurs de la Corée du Nord

Né en 1976, Ulrich Larsen a grandi au Danemark. Il explique avoir passé son enfance avec plusieurs enfants et familles ayant vécu en Allemagne de l’Est. Ces derniers lui auraient raconté leurs conditions de vie dans un régime presque dictatorial. Marié et père de famille, il vit dans la banlieue de Copenhague et mène une vie normale.

L’histoire de The Mole commence entre 2009 et 2010. Larsen visionne un documentaire, The Red Chapel, réalisé par Mads Brügger en 2006. « La Chapelle Rouge » suit le parcours de deux comédiens danois d’origine nord-coréenne se faisant passer pour une troupe de théâtre, en échange culturel avec la Corée du Nord. En 88 minutes de documentaire -presque satirique-, le journaliste tente avec les deux comédiens de montrer l’absurdité de la vie en Corée du Nord. Il qualifie d’ailleurs de « mauvais » et « manipulateur« , le régime de Kim Jong Un.

L’aspect incisif et critique du documentaire intéresse particulièrement Ulrich Larsen, qui propose vers 2010 à Mads Brügger de tourner une suite à The Red Chapel. L’idée, il l’a déjà : infiltrer l’Association d’Amitié avec la Corée du Nord au Danemark. Le journaliste lui répond alors que le sujet n’est intéressant que s’il prend une dimension internationale, plus importante. Ulrich Larsen prend le réalisateur au mot et continue à gravir les échelons dans « l’Association ».

En parallèle de ses occupations en tant que délégué général de la KFA en Scandinavie, Ulrich Larsen se met également en quête de potentiels investisseurs intéressés par la Corée du Nord. Mads Brügger, qui suit de près ses activités, va alors « recruter » un investisseur pour aider la Taupe dans son infiltration. Cet investisseur, c’est Mr Smith. Mais ça, nous en parlerons dans la seconde partie de cet article.

Publié par Quentin-Mathéo PIHOUR

Étudiant en journalisme à l'IUT de Lannion, fondateur d'All In. et rédacteur pour le média urbain 1863

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