« Hold up », le documentaire qui a déjà braqué plus de 200.000 euros aux complotistes

À chaque jour sa peine, à chaque semaine sa fake news ! Après les contre-vérités lancées par le Président des États-Unis sortant Donald Trump, voici venir « Hold Up », documentaire de 2h40 qui entend « révéler la vérité » sur la pandémie de COVID-19. Un projet qui se démarque de par son utilisation des outils numérique, mais également par son contenu… ou plutôt le patchwork de fake news qui lui sert de contenu. Explications.

À chaque jour sa peine, à chaque semaine sa fake news ! Après les contre-vérités lancées par le Président des États-Unis sortant Donald Trump, voici venir « Hold Up », documentaire de 2h40 qui entend « révéler la vérité » sur la pandémie de COVID-19. Un projet qui se démarque de par son utilisation des outils numérique, mais également par son contenu… ou plutôt le patchwork de fake news qui lui sert de contenu. Explications.

Crédits image : Hold Up – Les Échos

Par les internautes, pour les internautes

Parce qu’à la différence de documentaires plus « traditionnels », Hold Up ne s’embarrasse pas de trouver des producteur.ice.s désireux.se.s de le financer. Pour pouvoir le produire, ses créateurs ont en effet tiré parti des outils numériques à leur disposition, d’autant plus plébiscités en période de confinement. Ce sont donc les internautes qui ont financé le documentaire, en effectuant des donations sur des plateformes de financement participatif comme Tipee ou Ullule. Et il faut croire que le complotisme rapporte gros : le projet a rassemblé plus de 200.000 euros, et ce seulement pour son développement.

Sur la plateforme Tipeee, les dons ne visent pas à compléter un projet, mais à faire des donations sur le long terme pour soutenir un.e créateur.ice : on retrouve habituellement des cagnottes Tipeee sur les chaînes de Youtubeur.euse.s désireux de se faire aider par leur communauté pour se développer. Hold Up est sorti le 11 novembre dernier en ligne, ce qui signifie, comme le souligne le chercheur Tristan Mendès France, que « l’argent qui rentre n’est plus une contribution pour financer le film, c’est un soutien militant ». Le 15 novembre 2020, le documentaire rapportait à ses créateurs plus de 150.000 euros par mois sur la plateforme Tipeee. Un chiffre certes impressionnant, mais qui reste à relativiser selon Tristan Mendès France, qui explique qu’il suffit de « 7400 personnes à ≈20e/mois pour en arriver là ». Maigre lot de consolation pour les fact-checkers qui s’efforcent depuis plusieurs jours de « débunker » le documentaire : la plateforme de financement participatif indique désormais la présence de « potentielles fausses informations présentes sur cette page ou les contenus vers lesquels elle redirige ». Ouf, nous voilà soulagés.

Le complotisme, ça rapporte gros. – Crédit image : Tipeee

« L’Inception du complot », entre gaffes et forfait « all inclusive »

À la différence de nombreuses théories complotistes que l’on retrouve chaque jour sur Twitter, Facebook ou encore le 18-25 de jeuxvidéos.com (si, si), Hold Up se démarque par son budget, sa diffusion mais surtout sa construction. Le documentaire ne plonge pas directement le spectateur dans le complotisme, mais il l’y pousse petit à petit en multipliant les figures du complot. À un tel point que les « fact-checkers » (qu’ils soivent journalistes ou non) se demandent aujourd’hui s’il faut vraiment démonter toutes les contre-vérités exposées dans les 2h40 de « documentaire », comme l’explique Numerama dans cet article. Le journaliste Marcus Dupont-Besnard explique d’ailleurs que les rédactions du Mondede Libération ou encore de Sciences et Avenir n’ont pu traiter toutes ces fausses affirmations à la fois, en s’efforçant tout d’abord de « débunker » les plus grosses.

Parce qu’entre COVID-19, 5G, hydroxychloroquine, Bill Gates, nouvel ordre mondial ou encore cryptomonnaies, « Hold Up » fait rapidement figure d’ « all inclusive » du conspirationnisme. Un ensemble alléchant pour les adeptes de complotisme, mais qui présente de nombreuses erreurs visibles au premier coup d’oeil. Parmi elles, le changement de statut d’un des experts présentés entre deux scènes, la présence d’une « profiler » avec une tendance à l’extorsion de fonds ou encore

Une accumulation de « gaffes » rapidement repérées par de nombreux internautes qui n’ont pas manqué de le partager sur les réseaux sociaux, mais qui suscite des réactions inattendues dans les milieux complotistes. Raphaël Grably, journaliste chez RMC et BFMTV rapporte ainsi avoir lu dans un groupe anti-masque « une théorie selon laquelle #HoldUp est tellement stupide qu’il a été appuyé par « le pouvoir » pour discréditer les « esprits libres » » :

L’arroseur arrosé ? – Crédits image : Raphaël Grably (@RGrably) sur Twitter

Une observation amusante que n’ont pas manqué de reprendre les internautes, à l’image du journaliste de Libération Sylvain Chazot sur Twitter :

L’Inception du complot – Crédits image : Sylvain Chazot (@sychazot) sur Twitter

De la « pensée de l’avocat » à la hiérarchisation, de multiples facteurs de croyance dans les contre-vérités

Les raisons qui poussent de nombreux.ses internautes à croire les fake news et les partager sont nombreuses, pour certaines encore inconnues. Toutefois, plusieurs études s’intéressant au profil de ces internautes ont permis des observations intéressantes.

Malgré ce que l’imaginaire collectif laisse à penser, les personnes sceptiques à l’égard de la science sont bien souvent aussi instruites et intéressées par la science que les autres internautes. En réalité, ce n’est pas l’exposition à l’information qui est responsable de ce phénomène, mais ce qu’ils font de cette information, la manière dont elle est traitée. Matthew Hornsey, de l’Université de Queensland aux États-Unis explique que la majorité des sceptiques adoptent la « pensée de l’avocat », qu’il explique ainsi : « les gens choisissent avec soin les informations auxquelles ils veulent prêter attention afin de parvenir à des conclusions qu’ils veulent vraies« .

Le docteur Troy Campbell, design psychologist [psychologue de la conception, ndlr] à la Oregon University a lui aussi travaillé sur les fake news et leur appréhension par les internautes. « Dans nos recherches, nous constatons que les gens considèrent les faits comme plus pertinents lorsque ceux-ci tendent à étayer leurs opinions« , explique-t-il. « Lorsque les faits vont à l’encontre de leurs opinions, ils ne nient pas nécessairement les faits, mais ils disent que les faits sont moins pertinents« . Ainsi, les personnes qui croient aux contre-vérités ne rejettent pas forcément les explications « logiques » et rationnelles qui leur sont apportées, mais opèreraient plutôt une hiérarchisation des informations -fausses comme vraies- qui leur parviennent…

Publié par Quentin-Mathéo PIHOUR

Étudiant en journalisme à l'IUT de Lannion, fondateur d'All In. et rédacteur pour le média urbain 1863

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :