POLICE PARTOUT, JUSTICE NULLE PART : À LANNION, MANIFESTATION CONTRE LE PROJET DE LOI “SÉCURITÉ GLOBALE”

En cette soirée du 23 novembre, iels sont plus de 500 à être venu.e.s manifester contre le projet de loi “Sécurité Globale”. Discours, pancartes et slogans scandés ensemble, les syndicalistes, étudiant.e.s, adhérent.e.s de partis politiques et Gilets Jaunes protestent contre une loi “liberticide”. Reportage.


“Police partout, justice nulle part”. Lorsque résonne ce slogan, la nuit est déjà tombée sur la ville de Lannion, dans le département des Côtes d’Armor. Il est 19 heures, et plusieurs centaines de personnes sont rassemblées sur le parvis de la mairie. Les températures hivernales n’ont pas refroidi les manifestant.e.s, venu.e.s protester contre le vote de la loi “Sécurité globale”, qui doit être adoptée le lendemain à l’Assemblée Nationale. En déambulant dans la foule attentive, on croise des Gilets Jaunes, des étudiant.e.s en journalisme et en communication, mais aussi de simples habitants venus montrer leur soutien.

Lancée à l’initiative de Solidaire 22, la manifestation rassemble la CGT, le Syndicat National des Journalistes (SNJ), le Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA), les représentants locaux du Parti Communiste Français (PCF). 500 personnes ont répondu à l’appel selon les organisateurs ; 300 selon les estimations des forces de l’ordre, qui se sont postés à proximité pour encadrer la manifestation.

Pancartes en carton à la main, les manifestant.e.s ont rivalisé d’ingéniosité pour faire entendre leurs revendications. Slogans forts, détournements de memes populaires sur Internet et jeux de mots s’élèvent au-dessus de la foule, en réponse aux discours prononcés au micro.

À propos de la loi « Sécurité Globale »…

C’est un texte officiel qui pénalise notamment la diffusion « malveillante » de l’image des policiers. À l’origine, la proposition de loi devait prolonger un rapport parlementaire sur le continuum de sécurité. Toutefois, elle a rapidement soulevé la polémique. En cause, l’utilisation de caméras-piéton et de drones, mais surtout les atteintes aux libertés d’expression et d’information, cristallisées par l’article 24.

Pour « protéger ceux qui nous protègent », jetés « en pâture sur les réseaux sociaux », le texte de loi pénalise d’un an de prison et de 45 000 euros d’amende la diffusion de « l’image du visage ou tout autre élément d’identification » de membres des forces de l’ordre en intervention, quand elle porte « atteinte » à leur « intégrité physique ou psychique ». Des critères difficilement appréciables, d’autant plus qu’ils sont jugés en premier lieu par… les forces de l’ordre elles-mêmes.

Une tribune pour revendiquer les libertés

« C’est cette intransigeance de la liberté de la presse qui nous protège tous« , lance Sylvain Ernault, discours à la main face à la foule. « On continue !« , finit le journaliste sous une pluie d’applaudissements et de vivats. À la lumière tremblotante d’une lampe torche, plusieurs orateur.ice.s se succèdent devant la foule, massée au pied des marches, pour faire entendre leurs revendications. Parmi eux, Youna, étudiante en journalisme, mais aussi un représentant trégorrois du PCF, ou encore un Gilet Jaune. Malgré quelques digressions sur la pandémie de COVID-19 et le rôle du gouvernement qui ne font pas l’anonymat, la foule acquiesce aux arguments avancés presque désespérément par les orateur.ice.s.

La tribune est ouverte à tous.tes, l’écoute et le respect des opinions sont de mise. Une sorte de rappel des faits, ou plutôt de ce droit fondamental qu’est la liberté d’opinion. Entre deux discours, nombreux.ses sont les manifestant.e.s qui discutent à voix basse des heurts survenus entre protestataires et forces de l’ordre à Paris le 21 novembre dernier. Beaucoup craignent que certaines de leurs libertés soient, au même titre que la liberté d’expression, “revisitées” par le gouvernement en place.


Des étudiant.e.s en communication brandissant des pancartes en protestation contre le projet de loi securite globale. Place de la Mairie, Lannion, Novembre 23, 2020. Photography by Stephane Duprat / Hans Lucas.

“Tout le monde a le droit de filmer la police”

C’est déjà trop tard”, nous lance Gwen, le regard vif et la cigarette aux lèvres. Le journaliste, qui travaille en tant que pigiste, dresse un constat accablant. « Le tournant, ç’a été en 2016 avec la « loi Travail », notamment en termes de maintien de l’ordre et de violences répressives généralisées« . Un point de départ de cette liste, toujours plus longue, de répressions de libertés fondamentales, et dont la loi Sécurité Globale est le dernier élément en date. « C’est une atteinte énorme au droit d’informer ; mais finalement, cette loi entérine déjà des choses qui se pratiquent déjà par la police« , constate le journaliste en éteignant son mégot par terre. « Et ces violences-là concernent les journalistes, mais aussi les vidéastes amateurs« , enchaîne-t-il, avant de conclure : « Tout le monde à le droit de filmer la police« .

Oh qu’ça fait mal, qu’ça fait mal,
Oh qu’ça fait mal les armes non létales !

J’m’étais éloigné, dans la rue d’à côté,
Quand j’ai vu Benalla, c’était son tonfa

J’m’étais éloigné, dans la rue d’à côté,
Lui et ses comparses m’ont cassé l’métacarpe ! »

— Comptine revisitée, Anonyme

Un manifestant portant une pancarte en protestation contre le projet de loi securite globale. Place de la Mairie, Lannion, Novembre 23, 2020. Photography by Stephane Duprat / Hans Lucas.

Micro à la main, un manifestant entonne une comptine bretonne revisitée à la sauce “violences policières”. Ça parle de flash-balls, de CRS, de clé d’étranglement sur le même ton que les musiques traditionnelles, que beaucoup ici connaissent. Alors que la foule s’éclaircit timidement, une fanfare commence à jouer, couvrant les discussions animées entre manifestant.e.s. Petit à petit, chacun.e rentre chez soi, et les conversations s’estompent sur les pavés de la place de la Mairie.


Jusqu’à, peut-être, une prochaine mobilisation.

Publié par Quentin-Mathéo PIHOUR

Étudiant en journalisme à l'IUT de Lannion, fondateur d'All In. et rédacteur pour le média urbain 1863

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