The Crown, ou une certaine idée de la perfection

La série sur la reine Elizabeth II est de retour pour une quatrième saison. Sans surprise, on continue de suivre les pérégrinations de la famille royale britannique, cette fois-ci dans les années 70 et 80. Et c’est toujours aussi excellent.

Des performances majeures…

The Crown est sans conteste l’une des meilleures séries au monde : c’est bien simple, tout y est. L’histoire, les créateurs impliqués, le scénario, la réalisation, la musique, les costumes, les décors et les acteurs. D’ailleurs, une fois n’est pas coutume, cette critique commence avec ces derniers. Ici, les acteurs, plus que de reproduire des performances mimétiques avec les véritables personnalités, sortent leurs tripes et le meilleur d’eux-mêmes pour devenir légendaires en seulement quelques scènes. Le premier nom qui nous vient à l’esprit en écrivant cette définition, c’est bien celui de Gillian Anderson, qui interprète la Dame de Fer Margaret Thatcher, personnage clé de cette saison. Le timbre de voix, à la limite constante de la rupture, cette éloquence si particulière, une espèce de lenteur comme si elle était en décalage avec son temps, et la démarche, toujours soignée, propre, sans accroc, parfaite. Pourtant, la série se permet, lors des moments plus intimes avec la première ministre, de montrer son caractère humain. Loin d’être irréprochable sur ce point-là, elle est montrée avec sa vision très, disons particulière, de comment doivent se comporter les hommes et les femmes, et même de sa conception de la famille.

Pour continuer sur les acteurs, comment ne pas mentionner Josh O’Connor et Emma Corrin, respectivement le prince Charles et Lady Diana Spencer. Point central de l’histoire, ce couple shakespearien et incapable de vivre ensemble est déchirant pour tout le monde. Cela vaut pour le public, les protagonistes, le reste de la famille royale. Et tout ça est tout simplement représenté par un Josh O’Connor littéralement possédé par son rôle. Cet espèce d’être extrêmement cultivé qu’est Charles, mais qui a immensément besoin d’amour, de reconnaissance et d’être sur le devant de la scène. A l’inverse, Emma Corrin montre une Diana Spencer radieuse, naïve, splendide devant les photographes, mais dépressive, malade, étouffée par un costume trop grand pour elle dans l’intimité.

… qui en éclipsent d’autres

Ces trois interprétations éclipsent un peu le reste, pourtant d’une justesse incroyable. La première desservie est probablement Olivia Coleman, la reine étant légèrement mis à l’écart dans cette saison, peut-être suffisamment développée sous les traits de Claire Foy dans les deux premières. Mais le très grand perdant est le sublime Tobias Menzies. S’il est définitivement la meilleure version du prince Philip (même si attention Matt Smith était très bon), son rôle est vraiment presque un rôle tertiaire. Alors que dès qu’il apparaît à l’écran il le sublime, il l’avale. Toujours des citations presque envoûtantes qui sortent de sa bouche, d’une prestance et d’un charisme quasiment jamais vu dans une série de ce type, il subjugue les lignes de Peter Morgan.

Malheureusement les lignes ont des limites -on n’évoquera pas les performances de Helena Bonham Carter, Marion Bailey ou Erin Doherty– mais comme vous l’avez probablement compris, elles sont aussi excellentes. L’ensemble du casting a d’ailleurs fait son adieu au show : les acteur.ice.s sont en effet remplacés toutes les deux saisons, et une toute nouvelle équipe fera son apparition lors de la saison 5.

L’idée générale et l’écriture

Peter Morgan, le créateur de la série, l’a rappelé lors d’interview accordé lors de la sortie de la saison 4 : « ce n’est pas la réalité ». Le scénariste reprend des événements qui sont arrivés à la famille royale britannique pour en tirer la sève de son histoire. Il réinvente les événements pour que cela puisse rentrer dans ce contexte fictionnel. Malgré tout il met le doigt sur des histoires qui semblent être aujourd’hui mises sous le tapis par la monarchie – qui a d’ailleurs rejeté cette saison, alors qu’elle avait apprécié les deux premières –, visiblement inconfortable avec les faits abordés par la série.

Plus que de simplement s’approprier l’histoire de la famille royale pour en faire une fiction, c’est davantage le talent de scénariste de Peter Morgan que cette réussite met en exergue. Un chef d’œuvre d’allers-retours entre les différents personnages qui ne nous perd jamais. Il arrive à lier les arcs narratifs propres à chacun des protagonistes sans qu’on sente que certains sont laissés de côté. Certes la reine, Philip ou Margaret sont moins présents à l’écran, mais iels remplissent parfaitement leurs propres arcs.

Des scènes marquantes

Lorsqu’on pense à l’écriture de Peter Morgan dans cette saison, deux scènes, très différentes dans leurs créations, nous viennent tout de suite à l’esprit.

La première est un échange entre Thatcher et la reine après que cette dernière ait sous-entendu dans les médias qu’elle était en désaccord avec la politique de la première ministre. Cette scène où les deux femmes s’échangent des politesses d’une froideur extrême et où la tension sous-jacente est tellement présente que ça en devient presque gênant pour le spectateur est d’une maestria incroyable.

La seconde montre un tout autre pan de l’écriture de Peter Morgan. Il s’agit d’un échange plus que sur-excité entre Charles et Diana, où tous les problèmes et les blocages de leur relation ressortent enfin par des mots, terribles et blessants pour les deux, qui terminent d’achever le spectateur qui ne supporte plus cette relation qui détruit les deux. Cette scène rappelle d’ailleurs étrangement l’explosion qu’il y a dans Marriage Story de Noah Baumbach, également disponible sur Netflix. D’autres scènes, moins poignantes, viennent frapper le spectateur, et si ce n’est que pour en citer une, il s’agirait peut-être de ce qu’on peut considérer comme la tirade la plus importante de toute la série, celle de Philip qui explique à Diana que tout le monde n’est utile que pour la reine.

«Le terme étranger est juste. J’étais un étranger la jour où j’ai rencontré la princesse de 13 ans qui deviendrait un jour ma femme. Et après toutes ces années j’en suis toujours un. Nous le sommes tous. Tout le monde dans ce système et un étranger, seul, perdu et sans importance, hormis une personne, la seule personne qui compte ».

La réalisation et la musique au service du somptueux

Un terme pour définir la réalisation de The Crown : classieux. Tout est si parfait, si beau, si symétrique, si carré. Pas un seul plan ne vaut pas le coup d’oeil, c’est presque magique tant tout semble fonctionner à la perfection. Mais arrêtons de simplement crier au génie, et attardons-nous juste quelques instants sur ce qui fait le charme de ce show.

Premièrement, l’utilisation des décors. The Crown a des décors somptueux, c’est une évidence ; mais les réalisateurs les utilisent avec une finesse et une précision déroutantes. Là où on le constate le mieux, c’est lorsque l’action se déroule dans un château ou alors dans la nature. Pour le château cela paraît de prime abord évident, mais c’est vrai : tout est trop. Les personnages sont écrasés par ces édifices, bien trop imposants pour eux; celle qui en pâtit le plus n’est autre que Diana, qui à chaque fois qu’elle est filmée dans ces lieux, apparaît de loin, comme absorbée par les lieux. Dans la nature, c’est un traitement certes différent mais extrêmement beau. Ici on va avoir des plans qui durent, qui durent, et cela d’ailleurs dans toute la série, ce qui fait du bien quand on voit à quel point les séries sont d’habitude montés pour rajouter du rythme, ici le rythme est présent sans avoir besoin de recourir au montage excessif. La nature est montrée dans son plus bel appareil, vierge, sans alentours : elle semble infinie, mais la réalisation montre surtout à quel point elle semble être le seul mince refuge qu’ont les membres de la famille royale, même si en fin de compte elle ne peut pas l’être non plus…

La musique est le dernier point que l’on souhaite souhaite souligner. Parce qu’elle joue un rôle plus important que dans toutes les autres saisons. Et là encore un thème en particulier, presque principal de cette saison : Diana’s Theme. Cette musique hante tout simplement votre esprit. Il est empli de douceur mais surtout d’énormément de tristesse et de mélancolie, déchirant de vérité et remplit votre cerveau. Au-delà de l’évocation de ces émotions, on remarque la montée de cuivres qui termine le morceau, comme pour toujours rappeler le poids monstrueux et écrasant de la monarchie sur Lady Di.

Conclusion

Comme vous avez probablement pu vous en rendre compte tout au long de la critique, la rédaction d’All In est dithyrambique sur la dernière saison de The Crown. Avec cette saison, elle devient sans conteste l’une des trois meilleures séries produites dans l’histoire de Netflix, et aspire à être la plus grande. Tout y est tellement parfait, qu’il est compliqué de lui trouver ne serait-ce qu’un seul défaut, excepté celui que 10 épisodes d’une heure ce n’est pas assez, qu’on en veut beaucoup plus. La hâte est donc plus que présente pour la saison 5.

Note : 20

Evan Livenais

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